5 QUESTIONS

> Une nouvelle traduction de la Bible, pourquoi ?
> Une nouvelle traduction, en quoi ?
> Traduction ou adaptation ?
> Pourquoi ne pas avoir harmonisé les textes ?

> Pourquoi avoir choisi ces écrivains ?

Une nouvelle traduction de la Bible, pourquoi ?

Parce que le XXe siècle a radicalement transformé notre façon de lire et de comprendre la Bible. Les grandes études philologiques, archéologiques et historiques ont permis de revisiter de fond en comble la matière biblique : les études et les lectures des textes bibliques ont considérablement évolué depuis les dernières grandes traductions en français (Bible de Jérusalem, Traduction œcuménique de la Bible) parues il y a plus de trente ans.

Pour rendre aux mots de la Bible leur épaisseur sémantique, leur mémoire plurielle qui travaille encore le Livre. Ne l'oublions pas, la Bible se conjugue à plusieurs voix qui se font écho l'une à l'autre ou se jouent en contrepoint l'une par rapport à l'autre. De la Genèse à l'Apocalypse, il y a plus de soixante écritures différentes, issues d'un vaste processus collectif échelonné sur près d'un millénaire.

Pour confronter le livre majeur de notre culture, de notre mémoire, avec la culture contemporaine. Sans cet effort, les grands textes de notre patrimoine s'effacent de notre univers. Les textes de la Bible ont été traduits depuis le IIIe siècle avant notre ère ! Chaque génération s'en est emparé et a proposé sa traduction. Cela faisait plus de trente ans qu'aucun projet global et collectif de traduction de la Bible n'avait été entrepris.

Une nouvelle traduction, en quoi ?

Elle est le fruit d'une collaboration unique dans l'histoire des traductions de la Bible : une bible écrite par des écrivains et des poètes à partir d'un état critique exégétique et scientifique des textes qui intègre les dernières connaissances, et prend en compte la dimension proprement littéraire des textes sacrés. Pour la première fois, des spécialistes des textes et des langues bibliques ont travaillé étroitement avec des écrivains contemporains.

C'est la première traduction de la Bible du XXIe siècle, dans la langue et les littératures du XXIe siècle. La nouveauté littéraire est patente. Vers libres, rythmes contemporains, langue moderne, polyphonie des textes… Enfin une Bible qui n'est pas traduite d'un bout à l'autre de la même façon, dans la même langue.

L'objet " bible ", en deux couleurs, a lui aussi été entièrement renouvelé. Pour une lecture plus confortable, plus immédiate. Les éditeurs ont voulu dégager le texte biblique de tous les éléments extérieurs qui peuvent parasiter une lecture suivie : numérotation des chapitres et des versets, intertitres ou sous-titres (les manuscrits originaux n'ont pas de sous-titres), notes en bas de page, etc. Le repérage dans la Bible est lui aussi facilité : la numérotation des versets, en couleur rouge, en marge externe des pages ; l'appel de notes, en couleur grise, en marge interne ; chaque double page est marquée en bas à droite du titre du livre et des versets, en gros caractères, pour " naviguer " facilement dans la Bible.

Le vocabulaire traditionnel a été respecté mais ouvert, selon les nouvelles connaissances sémantiques et anthropologiques. Selon le contexte, les époques, les sensibilités culturelles et religieuses qui s'expriment, un même mot peut être traduit de différentes manières. C'est un enrichissement considérable de notre vocabulaire biblique traditionnel. Le traditionnel " gloire " peut devenir " éclat " ou " rayonnement ". Le traditionnel " péché ", " crime " ou " égarement ".

Traduction ou adaptation ?

Il s'agit bien d'une nouvelle traduction. Entièrement originale, elle a été élaborée selon les plus récentes éditions critiques scientifiques des manuscrits bibliques, d'après les langues sources de la Bible (hébreu, araméen et grec) et selon les dernières éditions critiques adoptées par la communauté scientifique : la Biblia Hebraica Stuttgartensia, la Septuaginta de Ralhfs et le Nouveau Testament de Nestlé-Aland. Elle est élaborée à partir du canon catholique, qui est le canon occidental de la Bible. Les introductions et les notes inscrivent cette nouvelle traduction dans l'histoire des interprétations chrétiennes.

Chaque livre de la Bible a été confié à un expert (exégète, spécialiste des langues anciennes) du texte original et à un écrivain contemporain. L'exégète a préparé un travail minutieux de déchiffrage et de lecture mot à mot du texte biblique qu'il a transmis à l'écrivain, au cours de longues séances de travail régulières. L'écrivain a proposé une écriture renouvelée et personnelle du texte. La traduction est née d'incessants va-et-vient entre les deux auteurs, accompagnés par l'équipe éditoriale et un comité scientifique (dirigé par Pierre Gibert et Alain Marchadour). L'exégète a toujours tranché les questions de sens et d'interprétation. L'écrivain a travaillé les formes d'écriture, le rythme de la langue, l'innovation littéraire.

Pourquoi ne pas avoir harmonisé tous les textes ?

Pour retrouver la polyphonie des livres du Livre. Une trop grande harmonisation écrase le texte original, gomme les aspérités et les différences qui le constituent.
La Bible a été écrite et composée sur plus de mille ans, par de nombreux scribes et auteurs pour la plupart anonymes. Chaque grand texte de la Bible est le fruit de plusieurs documents, de différentes sources d'écriture.

Parce que nous avons reçu la Bible à travers de multiples traductions qui, de génération en génération, ont ouvert et enrichi le vocabulaire biblique. Il faut parfois plusieurs mots pour tenter de comprendre le sens de certaines grandes notions : le salut, le mal, les noms de Dieu… Le glossaire original en fin de volume permet d'apprécier toutes les différences. Les " harmoniques " des grandes notions bibliques dans notre culture.

Pourquoi avoir choisi ces écrivains ?

Florence Delay, de l'Académie française, Jean Echenoz, Emmanuel Carrère… sont des écrivains français reconnus, dont les œuvres exigeantes ont su rencontrer au fil des années le grand public. De nombreux prix littéraires (Médicis, Goncourt…) ont récompensé leur travail d'écrivain. Ils ont accepté de consacrer, pour certains à temps plein, six ans de leur travail à cette nouvelle traduction. Tous se sont passionnés pour l'aventure de cette traduction.

Les écrivains de cette nouvelle traduction sont tous des spécialistes de la langue française contemporaine. Poètes (Jacques Roubaud, Olivier Cadiot…), auteurs dramatiques (Valère Novarina, François Bon…), romanciers (Jean Echenoz, Emmanuel Carrère, Jean-Luc Benoziglio…) et essayistes, ils sont rompus à tous les genres d'écriture.

Certains comme Florence Delay, Jacques Roubaud, Pierre Alferi… sont aussi de grands traducteurs. Ils s'attachent à prouver que la littérature contemporaine permet de trouver des solutions inattendues, justes, originales aux problèmes de traduction de textes difficiles comme ceux de la Bible.